Comment sélectionne-t-on les innovations ?

Publié le 18 octobre 2021

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Rassurez-vous immédiatement : non, le milliard d’euros levé ne sera jamais octroyé aux différentes entreprises sur un simple coup de cœur des cofondateurs de Time for the Planet. Ce serait manquer terriblement d’humilité et de méthode. Notre approche étant de toujours s’appuyer sur l’intelligence collective, la science et les méthodes agiles, nous avons conçu une méthode de sélection rigoureuse pour détecter les meilleurs. Meilleurs scientifiques évidemment, meilleures innovations bien sûr, meilleur potentiel pour la réduction des GES et meilleur potentiel économique. Ce n’est qu’avec ce niveau d’exigence que nous pourrons affronter le plus grand défi de l’Humanité. 

I. Où trouver ces fameuses innovations ? 

Commençons par le commencement. Avant de sélectionner et de financer les innovations, il faut déjà en détecter un maximum, afin que les meilleures puissent devenir candidates à notre financement. 

Il existe à tout instant des milliers d’innovations dans le monde entier, capables de changer notre futur. Eplucher les revues scientifiques ou les blogs d’innovations ne suffira pas à toutes les détecter. Nous devons donc être au plus près des inventeurs et des scientifiques.

Pour cela, nous nous rapprochons des réseaux de scientifiques, des laboratoires, des chercheurs etc. Nous suivons également toute l’actualité scientifique internationale (colloques, conférences, publications…).

Mais le plus efficace, c’est tout simplement d’avoir du lien humain. Connaissez-vous la théorie des 6 degrés de séparation ? Nous sommes tous à 6 relations de distance de n’importe quelle autre personne dans le monde.

Notre communauté d’associés et leurs réseaux sont nos plus grandes forces pour identifier les solutions à nos 20 problématiques. Cet aspect participatif est essentiel dans notre processus de détection, d’où l’importance d’avoir des associés en grand nombre et de devenir un mouvement citoyen international d’une ampleur inédite.

Concrètement, comment cela se passe-t-il ? Tout le monde peut proposer une innovation directement sur notre site en quelques minutes. Nous prenons alors contact avec l’inventeur pour plus de détails sur sa solution : son stade d’avancement, le modèle économique envisagé… bref toutes les informations nécessaires pour obtenir une “fiche innovation” complète. Cette fiche est importante, car elle sert de support à la présélection. 

Nous avons donc une stratégie de détection participative, qui deviendra de plus en plus puissante au fur et à mesure que le mouvement Time for the Planet grossira. 

II. Quels types d’innovations cherchons-nous ? 

Deux visions du monde s’opposent souvent dans le débat sur les innovations du futur :  high tech versus low tech

D’un côté, il y a les tenants d’une approche toujours plus technologique : la science pourrait à elle seule permettre une poursuite de la civilisation humaine avec le modèle de développement actuel. Plus de science, toujours plus de science : transhumanisme, objets tous connectés entre eux… 

À l’opposé, il y a celles et ceux qui défendent une dé-technologisation consistant à utiliser des techniques n’impliquant pas ou très peu de consommation d’énergie (le low tech), et dont le coût de développement est très faible, car elles sont basées uniquement sur des techniques déjà maîtrisées.

Time for the Planet n’est pas dogmatique et mise sur un mélange de high tech et de low tech en fonction des enjeux. Voire de no tech si l’occasion se présente !

Nous pouvons tout à fait concevoir la coexistence de milliers de vélos dans les rues de Paris avec des taxis autonomes électriques, conçus en bambous et avec des batteries organiques. Rien ne s’y oppose économiquement ou intellectuellement. La technologie n’est pas responsable des dégâts environnementaux, elle n’est que le résultat de choix qui ont été opérés dans un monde où les limites écologiques n’étaient pas conscientisées.

Les 20 problématiques identifiées par Time for the Planet peuvent être adressées indifféremment par des innovations nécessitant de la high tech, du low tech, voire par de simples innovations de business model (ou no tech).

III. Quels sont les critères lors de la sélection de ces innovations ?

Sélectionner les meilleures innovations pour lutter contre le dérèglement climatique n'est pas une tâche simple et les avis divergent sur les solutions à mettre en œuvre. Un peu d'objectivité est nécessaire ; aussi nous avons listé les points clé à étudier attentivement pour connaître l'impact potentiel d'une innovation.

Ainsi, 6 critères sur lesquels nous évaluons chacune des innovations ont été définis.

Ce référentiel commun permet d'obtenir une analyse objective du potentiel de chaque innovation et de comparer ensemble des solutions différentes et variées, quel que soit leur domaine d'application ou niveau d'avancement.

Nos 6 critères d'évaluation :

  1. L'impact sur les gaz à effet de serre : l'innovation a-t-elle le potentiel de réduire ou de capter de façon significative les GES ?

    Pour y répondre, nous nous intéressons à la taille du problème adressé (quel pourcentage des émissions mondiales), au potentiel de réduction (en prenant en compte l'ensemble du cycle de vie de la solution) ou encore au risque d'effet rebond (que remplace-t-on ?).

  2. La faisabilité technique : il existe des milliers de bonnes idées et des centaines d'avancées scientifiques majeures dans les laboratoires mais ces solutions sont-elles techniquement réalisables en conditions réelles ?
    Les principes scientifiques mis en œuvre sont ici vérifiés. Nous étudions également la capacité de passage à l'échelle industrielle de la solution ainsi que son niveau de maîtrise technique (dépendance ou non de solutions extérieures, par exemple).

  3. La réplicabilité de la solution : pour avoir un impact réellement mondial, il faut aller vite et donc savoir si l'innovation peut aisément et rapidement être déployée dans le monde entier.
    Nous nous intéressons à la facilité technique de multiplication de l'innovation mais aussi à son acceptation sociale à l'échelle mondiale ou encore aux contraintes juridiques associées.
  4. Les externalités induites : la réponse au problème du dérèglement climatique peut et doit être réalisée en prenant en compte tous les "autres" impacts induits.
    Les risques potentiels en matière de biodiversité, d'exploitation et d’utilisation de ressources critiques ainsi que d’inégalités sociales sont pris en considération pour chaque innovation étudiée.
  5. Le caractère disruptif : pour atteindre une réduction massive et rapide des GES, un changement de paradigme est indispensable. L'innovation va-t-elle dans ce sens et apporte-t-elle une vision nouvelle ? Le potentiel de réellement changer les choses.
    Le caractère novateur de la solution est étudié, d'un point de vue technique évidemment, mais aussi en matière d'offre et de proposition de valeur.
  6. Le potentiel marché : une innovation ne peut se déployer que si elle rencontre son marché, nous évaluons donc son potentiel économique.
    L'offre et le business model ne sont pas toujours formalisés mais nous regardons la taille du marché visé, son niveau de maturité (en croissance, constant ou à la baisse), ainsi que la capacité de pénétration du marché par l'innovation (les autres acteurs économiques en place, les canaux de distribution envisagés, etc.).  

IV. Les étapes de sélection des innovations

Maintenant que le cadre d’analyse est clair, encore faut-il réaliser une évaluation aussi objective que possible. Voici les différentes étapes qui répondent à cet enjeu.

Présélection par l’intelligence collective

Afin d’établir une première notation des innovations détectées, nous rassemblons un vivier d’évaluateurs, répartis dans le monde entier. Composé d’experts scientifiques, de professionnels des secteurs en question ou encore d’utilisateurs potentiels, la diversité de ce panel d’évaluateurs offre la garantie d’une notation pertinente. Cette présélection collective limite les biais individuels au maximum (pays, expertise, entourage, sexe…). 

Ce vivier note chacun des trois critères présentés ci-dessus. Ainsi, toutes les solutions sont d’abord étudiées sur la base d’un référentiel commun pour qu’elles aient toutes leurs chances. 

Présélection faite, nous pouvons décortiquer plus en détail chaque innovation ! Il faut alors valider la pertinence technique, le potentiel commercial et l’adéquation au modèle de Time for the Planet pour chaque solution, avant d’envisager la création d’une entreprise filiale pour porter le projet. C’est crucial. Pour cela, nous ne mettons donc en place pas une, ni deux, mais trois étapes de validation ! 

Validation par le Comité scientifique

La première validation est avant tout scientifique et technique. En effet, rien ne sert d’estimer le potentiel de marché ou de s’interroger sur l’éthique d’une solution qui ne fonctionne pas. 

Le rôle du comité scientifique est d’émettre un avis concernant la pertinence scientifique et la faisabilité technique. Cet avis est suivi d’un vote qui permet à la solution de passer à l’étape suivante de validation. En cas de vote négatif de la part du comité, Time for the Planet ne financera pas la solution.

Qui est en charge de cette validation ? Il s’agit d’un comité scientifique composé : 

Les membres sont nommés pour 3 ans et le renouvellement du comité s’effectuera par tiers. 

Les experts ne sont pas rémunérés pour cette activité. Par ailleurs, ils ne doivent pas se retrouver en situation de conflit d’intérêt, notamment par rapport à l’ensemble de leurs activités professionnelles ou associatives. En cas de conflit d’intérêt potentiel, le membre pourra assister aux réunions mais en aucun cas participer aux votes concernés. 

Ce comité scientifique se réunit autant de fois que nécessaire, mais au minimum une fois par trimestre. Lors de ces comités, les innovateurs sont également conviés pour échanger directement avec les scientifiques et défendre leur solution.

Les décisions au sein du conseil de surveillance sont prises à la majorité, selon la règle 1 membre = 1 voix. En cas d’égalité, le Président a une voix prépondérante.

Validation du potentiel marché

Une solution scientifique et technique ne correspond pas forcément à une attente du marché. 

Il faut donc entamer une démarche d’analyse de product / market fit c’est-à-dire, de réfléchir à l’avantage concurrentiel de la solution qui va faire qu’il corresponde à une demande du marché. Cet avantage peut par exemple être d’offrir le prix plus bas, une meilleure qualité, une plus grande durabilité... 

Time for the Planet, le comité scientifique, et l’innovateur mènent cette réflexion conjointement avant de passer à une phase de « tests à haute fréquence » pour valider le potentiel marché de manière empirique.

Pour cette étape de tests à haute fréquence, c’est Time for the Planet qui reprend la main. En l’espace de 3 semaines, avec une équipe dédiée de « growth hackers », et un budget de plusieurs milliers d’euros, nous allons chercher à déterminer l’appétence du marché et la pertinence du modèle économique envisagé. 

Ces tests sont effectués dans des conditions réelles : prises de rendez-vous avec des prospects comme si la solution était déjà disponible, création de landing pages présentant la solution, publicité sur les réseaux sociaux, retargeting…

À l’issue de cette phase, une analyse des KPI obtenus par ces tests permet à Time for the Planet de décider de continuer ou non vers l’étape suivante. 

Quelle que soit la décision de Time, l’ensemble des résultats de ces tests et leur analyse seront fournis à l’innovateur, afin qu’il puisse éventuellement perfectionner son discours commercial ou son positionnement.

 

Validation éthique

Une fois l’innovation validée scientifiquement et économiquement, reste l’ultime étape : une présentation à l’ensemble des associés de Time for the Planet. 

Après une vérification par les cofondateurs de l’adéquation entre les valeurs de l’innovateur et celles de Time for the Planet, nous nous assurons également de l’absence de conflit d’intérêt. Ainsi, nous garantissons aux associés une première validation éthique.

Ensuite, nous préparons un dossier d’investissement. Il présente la solution, les différentes analyses (technique, marché, équipe…) et le détail de l’investissement proposé dans la filiale (date, taille du ticket…). Ce dossier est dans un premier temps soumis au Conseil de Surveillance de Time for the Planet afin qu’il émette un avis. Le dossier et l’avis sont ensuite envoyés à l’ensemble des associés. 

Pour finir, une Assemblée Générale est convoquée avec l’ensemble des associés de Time for the Planet. Une résolution d’investissement dans la filiale est présentée et mise au vote au cours de l’Assemblée Générale. 

Si elle est acceptée, la filiale qui va développer la solution peut être créée. 

A l’inverse, si elle est rejetée, le dossier peut être retravaillé en prenant en compte les critiques, pour être amélioré avant d’être présenté à nouveau devant l’Assemblée Générale. Il peut également être complètement abandonné si le rejet a été important. 

Petit résumé en image :

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